Nouvelle exposition à Montpellier

Ruez-vous à Montpellier 
Voilà, ça y est ! Dans le salon de coiffure Studio 54, de Montpellier, vous pourrez voir une sélection de mes tableaux -dessins et techniques mixtes sur papier-, jusqu’à fin septembre. Pour plus de détails, rendez-vous sur le site de Studio 54, où vous découvrirez aussi les autres projets dans lesquels s’engagent Eddy et Guillaume, les fondateurs du salon.

http://www.studio54coiffure.com/2013/08/exposition-duvres-dinma-abbet.html?spref=fb

 

 

Crise d’asthme

A propos de Crise d’asthme, d’Etgar Keret

 

Le merveilleux se dissimule dans la banalité pour se montrer avec éclat à l’instant le moins attendu. Il s’agit d’un schéma habituel dans de nombreux récits fantastiques. Ici, il sort d’un chapeau de magicien, sous la forme d’objets effrayants, à la place du classique lapin ; il attache une mémoire familiale indicible à une paire de chaussures, donne à un amoureux le pouvoir de traverser les murs, transforme le cochon-tirelire d’un enfant en ami imaginaire que l’on n’ose plus casser pour acheter d’autres jouets… Dans les nouvelles d’Etgar Keret, le lecteur découvrira de nombreux personnages extravagants et des situations bizarres, parfois comiques et souvent sanglants. Le point de départ des récits est bien ancré dans la vie quotidienne, dans des villes israéliennes modernes et sans histoires, où, cependant, tout peut arriver à partir de la crise d’un couple, d’une obsession, d’une querelle entre voisins : un dénouement violent ou, au contraire, la découverte d’une affinité secrète, d’une alliance possible.

 

Leur brièveté et leur rythme fiévreux rapprochent ces nouvelles d’un monologue qui ne perd pas le temps avec des détails insignifiants, du croquis sur le vif de pensées intimes, soudainement ramenées sous une lumière crue, qui laisse apparaître les labyrinthes de l’imagination dans toute leur étrangeté, avec leurs impasses et autres mises en abyme. C’est l’individu, ses attentes et son désespoir, qui constitue presque toute la matière du récit. Aussi sa perplexité devant des phénomènes absurdes subis davantage que choisis, acceptés pourtant comme s’ils obéissaient à une logique inconnue. La neutralité du narrateur, à la première ou à la troisième personne, accroît l’impression d’irréalité, et, paradoxalement, de normalité. Il y a là l’écho d’un Edgar Poe ou d’un Julio Cortázar, surtout dans la description de personnages solitaires –soldats, amants délaissés, qui auraient pu avoir une autre vie, voire d’autres vies, juxtaposées, déployées en rêve ou sous forme d’hypothèse, morts accompagnant les vivants-, mais aussi dans des chutes où l’inexpliqué est privilégié, qui ressemblent à la fin abrupte d’un cauchemar.   

 

Crise d’asthme, nouvelles traduites de l’hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech Actes Sud, 2002

Une collection très particulière

À propos de : Une collection très particulière, de Bernard Quiriny

 La Bibliothèque de Babel de Borges nous offrait une vision du monde déclinée dans un recueil infini, contenant non seulement tous les livres existants mais également tous les livres possibles, issus de toutes les combinaisons linguistiques virtuelles. Avec ces nouvelles dont les héros sont, entre autres, des livres gigognes, -des textes pouvant être décomposés et recomposés pour obtenir d’autres textes, des romans ennuyeux regorgeant de messages cachés- l’idée borgésienne est au cœur de cette anthologie de l’excentricité littéraire empreinte d’humour absurde. Le bibliophile Pierre Gould guide le narrateur et le lecteur dans un cabinet de curiosités contenant non seulement des ouvrages, mais aussi des villes improbables et des écrivains imaginaires, sans oublier d’étranges perspectives d’une société qui devrait accepter la possibilité de ressusciter, celle de rajeunir à volonté, ou celle de changer de nom et de prénom autant de fois qu’on le souhaite, si fréquemment que les gens oublieraient comment ils ont décidé de s’appeler…

 

Quant aux collections, elles regroupent de nombreuses possibilités extrêmes de la littérature : des œuvres distillant un ennui si efficace que toute phrase est destinée à être oubliée aussitôt lue, des livres de cuisine aux recettes empoisonnées, des romans qui ne supportent plus la médiocrité de leurs auteurs et qui se retouchent et corrigent tous seuls, des univers fictifs si puissants qu’ils finissent par avaler et enfermer les malheureux écrivains ; certains livres parviendraient à tuer leurs lecteurs, d’autres les sauveraient. Les villes décrites ne sont pas moins originales : un quartier malfamé dans une cité russe qui étendrait indéfiniment ses tentacules, une bourgade sud-américaine éternellement en ruines (mais qui ne s’effondrerait jamais entièrement), un village français assoupi (au sens propre), où le temps s’écoule plus lentement qu’ailleurs, la maquette d’une ville égyptienne qui renfermerait, dans une drôle de mise en abyme, des maquettes de plus en plus petites… On retrouve également ici la trace de Borges, -on peut naturellement penser à la Carte de l’empire « qui avait le Format de l´Empire et qui coïncidait avec lui, point par point »-. L’un des personnages de « Fictions » est même évoqué explicitement dans l’un de ces lieux, une ville où tout événement s’inscrit à jamais dans la mémoire des visiteurs.

 

La mémoire et l’oubli sont par ailleurs des motifs souvent utilisés dans les nouvelles d’Une collection très particulière. Que ce soit la manière dont le lecteur parvient à retenir, ou pas, les mots et les vers ; ou la perte de la mémoire chez un auteur amateur atteint d’un trouble l’empêchant de se souvenir de ce qu’il a écrit la veille –et condamné de ce fait à réécrire chaque jour le même début de roman. La mémoire des mots constitue toute la matière des univers littéraires. Une matière fragile et capricieuse, -après tout, il est si facile d’oublier-, qui sert pourtant à élaborer des constructions étonnantes, défiant la raison et les idées reçues.

Une collection très particulière, Bernard Quiriny. Éditions du seuil 2012